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L'après guerre d'Iran Que va t'il se passer ?

  • Photo du rédacteur: Philippe Buffon
    Philippe Buffon
  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture

C'est une question d'analyse géostratégique qui mérite une réflexion approfondie. Quelques précisions de contexte d'abord : à ce jour (mai 2026), il n'y a pas de "guerre en Iran" à proprement parler, mais des tensions extrêmes — frappes israéliennes sur les capacités nucléaires iraniennes en 2024, pressions américaines, programme nucléaire avancé. Je vais donc traiter votre scénario comme une hypothèse prospective sérieuse.La situation est bien plus avancée que vous ne le pensiez — la guerre est réelle et en cours. Voici une analyse géostratégique complète sur la base des faits actuels et de leurs prolongements prévisibles.


Ce qui s'est passé — la chronologie réelle


Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes militaires majeures sur l'Iran, tuant notamment le guide suprême Ali Khamenei. En réponse, l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, provoquant une perturbation immédiate des livraisons mondiales de pétrole et de gaz.

Le trafic est passé de 160 navires par jour le 27 février à environ 12 par jour en mars. Un cessez-le-feu a été conclu le 8 avril, mais n'a pas levé le blocus. Le 16 avril, l'Iran a annoncé la réouverture — puis l'a refermé le lendemain, en réaction au maintien du blocus des ports iraniens par Washington.

La situation reste donc extrêmement instable. Voici les grands bouleversements géostratégiques qui se dessinent.


1. La fin du pétrodollar comme ordre mondial

Depuis avril 2026, le Corps des gardiens de la révolution iranien propose aux pétroliers de payer leur passage en yuan ou en cryptomonnaie — une première historique qui permet à Téhéran de contourner le pétrodollar et les sanctions occidentales.

C'est potentiellement le changement le plus profond à long terme. Si ce précédent s'installe, il fragilise le système dollar-pétrole qui structure la finance mondiale depuis les accords de Bretton Woods.


2. La Chine — le grand gagnant paradoxal sous pression


La Chine importait 1,3 million de barils par jour en provenance d'Iran, soit 80 % des exportations pétrolières iraniennes, et 40 % de ses importations pétrolières totales transitaient par le détroit d'Ormuz. Face à la crise, son 15e plan quinquennal (2026-2030) place la sécurité énergétique en priorité absolue, avec 135 milliards d'euros d'investissements pour renforcer les réserves stratégiques et accélérer les énergies renouvelables.

La Russie, déjà premier fournisseur de Pékin, voit ses livraisons doubler via l'oléoduc ESPO, tandis que des contrats sont signés avec le Venezuela, le Brésil et des pays africains.

Pékin sort de cette crise avec une dépendance accrue envers Moscou — ce qui renforce paradoxalement l'axe sino-russe, mais aussi avec une prise de conscience que sa vulnérabilité énergétique est structurelle.


3. La Russie — bénéficiaire inattendu


Une hausse des recettes d'exportation d'hydrocarbures serait très bienvenue pour Moscou, qui finance sa guerre en Ukraine avec un pétrole "Urals" vendu à seulement 46 dollars le baril début mars, alors que son budget est calculé sur une base de 59 dollars.

Toute hausse durable du prix du baril — les analystes anticipent 150 à 200 dollars dans un scénario de blocage prolongé — constitue une manne extraordinaire pour Moscou, permettant de financer plus longtemps la guerre en Ukraine. Ce conflit change donc aussi l'équilibre en Europe de l'Est.


4. La "politisation de la navigation" — un nouveau paradigme maritime


L'Iran est passé de la menace de fermeture totale au "ciblage sélectif" : les navires liés aux États-Unis, à Israël ou à leurs alliés deviennent des cibles légitimes, tandis que d'autres sont laissés passer. L'identité géopolitique du pavillon, du propriétaire et de la destination finale devient le déterminant de la sécurité maritime.

Cela signifie la fin de la liberté de navigation universelle telle qu'elle existait depuis 1945. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) est de facto contournée, sans que personne ne puisse l'imposer.


5. L'Europe — doublement vulnérable


La diversification post-Ukraine de 2022 n'a pas résolu le problème fondamental : elle a simplement déplacé la dépendance de la Russie vers le Golfe et les États-Unis. La chimie, la sidérurgie, les engrais et l'automobile sont les secteurs les plus exposés.

Si les tensions à Ormuz se doublent de perturbations en mer Rouge (via les Houthis yéménites, alliés de l'Iran), le trafic est dévié par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les délais de transit de 15 à 20 jours et faisant exploser les coûts.


6. Le Golfe — recomposition des alliances régionales


L'Arabie saoudite peut rediriger une partie de ses flux via l'oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge (7 millions de barils/jour), les Émirats via l'oléoduc Habshan-Fujaïrah vers le golfe d'Oman. Mais le Koweït, le Qatar et Bahreïn n'ont aucune alternative maritime pour exporter leurs hydrocarbures.

Ces pays du Golfe, directement frappés, sont forcés de se repositionner entre Washington (qui les protège militairement) et Pékin (leur premier client). Une nouvelle architecture sécuritaire du Golfe intégrant Israël comme partenaire est en gestation — ce qui était impensable il y a dix ans.


Synthèse — ce qui change durablement


La question centrale est désormais de savoir si nous sommes à la fin de l'ère des règles universelles et à l'aube d'une ère de la "loi du plus fort", qui ne reconnaît que les rapports de force. La crise d'Ormuz de 2026 pourrait bien être le moment où cette bascule devient irréversible.

 
 
 

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